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Talents Adami Jazz

Initiée en biennale en 2011, l’Adami renouvelle son opération Talents Adami Jazz. Cette nouvelle édition propose à un(e) jeune artiste de jazz de collaborer avec un(e) artiste de renommée mondiale de son choix en vue d’un concert qui sera diffusé dans les festivals partenaires : Jazz à Vienne, Jazz sous les Pommiers, Bratislava Jazz Days, etc…

Réuni fin novembre, le jury, composé de programmateurs des festivals partenaires et de l’Adami, a sélectionné le projet de Paul Jarret parmi les 35 projets déposés.

L’enveloppe financière de 25 000 € lui permettra de financer les salaires pour les répétitions, le transport, l’hébergement, les défraiements, la location d’un studio, etc. L’Adami prend ensuite en charge la diffusion et la promotion en partenariat avec les festivals.

Paul Jarret

Paul Jarret se tourne assez tardivement vers le jazz, étudie à la fac de Musicologie à Paris VIII et dans différents conservatoires parisiens avant d’obtenir en 2011 son DEM Jazz au CRR de Paris.
Indéniablement marqué par les groupes contemporains de rock alternatif anglais et scandinaves, par certains groupes de pop ou de métal, il se passionne également pour les musiques traditionnelles du nord de l’Europe, la musique ancienne et les compositeurs français et américains du XXème siècle. Mais avant tout musicien de jazz et de musiques improvisées, il est influencé très tôt par la nouvelle scène jazz new-yorkaise, tout en étant très attaché à la tradition du jazz et à ses standards et allant jusqu’à pratiquer l’improvisation libre radicale.
Il fonde en 2010 le Pj5, qui deviendra son principal projet dont il mène la direction artistique et pour lequel il signe la totalité des compositions. Avec ce groupe, son travail de recherche d’une réelle fusion du jazz contemporain et de rock/pop alternatif lui permet de remporter le premier prix de composition et le 2e prix de groupe au Concours National de Jazz à La Défense 2012. Un premier album, « WORD », a vu le jour en octobre 2013, salué par la critique et sélectionné par la SACEM.
Après s’être produit de nombreuses fois en France (Jazz sous les Pommiers, Petit Faucheux, Jazz In
Marciac, New Morning, Jazz Sur le Vif, Café de la Danse…) et à travers le monde (Inde, Finlande, Allemagne, Hongrie, Suède…), le Pj5 a sorti en 2016 son 2e opus « TREES » et a été sélectionné par AJC pour le prestigieux dispositif d’accompagnement Jazz Migration.
En novembre 2018 paraît son troisième album « I TOLD THE LITTLE BIRD » chez le label jazz&people, avec en invités Jozef Dumoulin et Isabel Sörling, marqué par une collaboration pluridisciplinaire avec Yann Bagot (plasticien) et JP Retel (vidéaste).
En plus d’une activité de sideman assidue (avec Loïs Le Van, Ellinoa…), il fonde aussi différents projets en tant que leader ou co- leader, notamment le groupe Sweet Dog (free/rock improvisé) ou le projet
EMMA (hommage musical à l’émigration suédoise vers les USA). Il intègre en 2018 la compagnie Pegazz & l’Hélicon, qui accueille ses différents projets musicaux et se transforme en collectif à la direction artistique partagée.

Quand j’ai commencé à m’intéresser au jazz, à l’aube des années 2000 vers mes 16-17 ans, je fréquentais assidûment la médiathèque musicale de mon quartier pour « piller » le rayon jazz, en empruntant des disques de manière totalement aléatoire. Grâce à cette méthode, j’ai pu découvrir autant d’artistes américains incontournables que d’obscurs musiciens français méconnus.
Je me souviens avoir emprunté un jour un disque de Jim Black « AlasNoAxis », simplement parce que la pochette était originale et belle… et il s’est avéré que ce disque m’a profondément marqué. Un mélange sans concession d’un jazz libertaire, aux sons rock, grunge qui avaient jusque-là construit le musicien en herbe que j’étais. Tout cela fait avec, ce que j’identifierai plus tard comme une intelligence, un sens du son de groupe et une originalité hors du commun. À ce moment-là, j’étais bien incapable de mettre ces mots sur cette musique, qui m’a simplement ému et montré qu’on pouvait, sans aucun complexe, faire du jazz avec les sons du rock d’aujourd’hui.
Je suis persuadé que cet emprunt à la médiathèque a été décisif dans mes choix musicaux et ma manière de construire ma musique. J’ai continué de suivre avec passion les différents groupes de Jim Black jusqu’à aujourd’hui, en allant l’écouter en concert dès que l’occasion se présentait. C’est dans cette relation de naïve et sincère admiration que j’ai toujours eue pour lui, que l’idée de jouer avec lui un jour ne m’avait simplement jamais effleuré l’esprit. C’était tout simplement inimaginable, car il appartenait pour moi à une autre sphère, une autre strate de la musique que je ne concevais pas de fusionner avec la mienne un jour.

Jim Black

Batteur parmi les plus prolifiques de la scène new-yorkaise dans sa version downtown, Jim Black s’est distingué par un jeu constamment mobile et provocant dont la frénésie percussive a fourni son énergie à plusieurs groupes à l’influence capitale des années 1990. Hyperactif à la fois dans son approche de la batterie et dans activité professionnelle, il est devenu l’un des musiciens les plus en vue d’une certaine scène du jazz « alternatif » (comme on le dit du rock) qui cultive l’expérimentation et ignore les frontières musicales.

Jim Black est né le 3 août 1967 à Dallas City (Californie, États-Unis). Ayant grandi entre les banlieues de San Francisco et de Seattle au gré des déplacements professionnels de son père, il découvre le plaisir de la percussion sur une batterie de fortune encore enfant. Sans véritablement suivre de cursus, il se retrouve à quatorze ans dans un big band adolescent dans lequel il rencontre des musiciens avec lesquels, vingt ans plus tard, il jouera encore à New York : Chris Speed, Andrew D’Angelo, Brad Shepik, et John Silverman. Ces derniers élargissent son horizon musical en lui faisant découvrir Ornette Coleman, Miles Davis et Weather Report. Un ouvrage du batteur Bob Moses contribue à son approche intuitive et spontanée du jeu de batterie. En 1985, il intègre la Berklee School of Music à Boston où il restera quatre ans. C’est une période décisive pendant laquelle, tout en formalisant sa technique, Jim Black forme le groupe Human Feel avec Chris Speed, Andrew D’Angelo (saxophones et clarinette), John Silverman (basse) et Rick Peckham puis Kurt Rosenwinkel (guitare) qui pratique l’improvisation collective et, par son travail sur les textures sonores, préfigure plusieurs des groupes dans lesquels le batteur s’est impliqué depuis.

En 1991, Jim Black déménage à Brooklyn. Fréquentant les jam sessions plutôt straight-ahead, où il joue avec Roy Hargrove et Antonio Hart, il suit les conseils de Jeff Tain Watts et Jeff Hamilton qu’il assimile à sa manière. Son intérêt se porte très vite vers des musiciens plus avant-gardistes. Plusieurs rencontres déterminantes interviennent alors : avec le guitariste Ben Monder, le saxophoniste Tim Berne, le trompettiste Dave Douglas ou encore le saxophoniste Ellery Eskelin qui occupent régulièrement la scène de la Knitting Factory ou du Tonic de John Zorn. Avec chacun d’entre eux, le batteur se retrouve dans des contextes inédits au sein desquels il peut développer sa singularité : « Déménager à New York a été comme retourner à l’école : je me retrouve au milieu de gens qui composent, travaillent, arrivent à être eux-mêmes, à vraiment trouver leur musique ». Dans le Tiny Bell Trio de Dave Douglas (avec Brad Shepik, depuis 1991), il multiplie les petites percussions comme des touches de couleurs et, sollicitant tout le corps de son instrument, joue avec facétie un répertoire marqué par les musiques balkaniques et klezmer. Avec le trio d’Ellery Eskelin (depuis 1994), que complète l’accordéoniste Andrea Perkins, il retrouve l’énergie du rock grunge de son adolescence et s’attache à explorer les textures et les climats décalés que produit l’association des timbres instrumentaux. Avec le Bloodcount de Tim Berne, c’est l’improvisation libre et son sens des couleurs qui sont mis en avant.

Comme un croisement de l’influence de Max Roach, Paul Motian et Sunny Murray, il prolonge de façon radicale le style de Joey Baron et de Han Bennink auxquels il ressemble par une sorte de capacité à ne jamais se répéter, à jouer des dynamiques extrêmes et à varier inlassablement les timbres, à éclater ses frappes dans un foisonnement électrique et délibérément cahotant qui n’est pas dénué d’humour. Suggéré, esquissé, sous-jacent, le tempo, pour autant, n’est jamais oublié et Jim Black fascine par son habileté à difracter la pulsation : son jeu est un feu d’artifice permanent fait de précipités et de blocages, d’envolées et de chutes, de digressions et d’exclamations qui forment un accompagnement éruptif et disloqué : « Je ne travaille plus la batterie comme avant. Ce qui m’importe, c’est d’élargir ma palette sonore, d’avoir des idées ingénieuses, et surtout une raison pour la moindre note que j’émets ». Ses propres groupes sont le reflet de cette approche éclectique et spontanée, toujours sur le qui-vive, qu’il s’agisse de AlasNoAxis très ancré dans le son du rock, les distorsions et l’énergie binaire, ou de Pachora, dont le répertoire est à base de rythmes des Balkans. Au sein du Yeah No! de Chris Speed, il développe, en outre, l’utilisation de l’ordinateur comme séquenceur et sampleur.

Ghost songs : le projet

Paul Jarret et Jim Black ont en commun un goût prononcé pour les improvisations aventureuses issues des musiques dites libres, et ont tous deux baigné dans la culture indie rock des années 90. Ensemble, pour Talents Adami Jazz, ils ont décidé de concevoir Ghost songs, à partir de compositions de Paul Jarret, écrites spécialement pour le projet afin de proposer une création neuve et inédite. Autour de mélodies volontairement simples, presque pop ou folk, le but est de laisser agir l’expression individuelle et surtout collective de ces fortes personnalités musicales, en laissant énormément de place au son, au silence, à l’improvisation et l’interaction. La liberté sera recherchée au sein d’espaces de jeu très larges, mais pourtant guidées par des mélodies parlantes et poignantes, presque enfantines. Ces chansons, pourtant matériau de base de ce répertoire, n’apparaîtraient plus qu’à l’état de spectres, de fantômes (ghost) à peine visibles mais pourtant bien présents, imposant naturellement une atmosphère et un état d’esprit. Toujours là en filigrane, elles joueront de la mémoire des musiciens et des auditeurs, apparaissant, disparaissant, dans des formes toujours renouvelées et mouvantes.

Crédits photos : Pascal Ito

 

 

 

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