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Moi, présidente…

La newsletter des artistes n°51 - mars 2022

« Moi, présidente… »

Comment améliorer le statut des artistes-interprètes et mieux faire respecter leurs droits ? A quelques semaines de la présidentielle, Anne Bouvier, présidente du conseil d’administration de l’Adami, nous livre quelques pistes.

La pandémie a durablement fragilisé les professionnels de la culture. Quels enseignements faut-il en tirer aujourd’hui en ce qui concerne les artistes-interprètes ?

Anne Bouvier : La pandémie nous a fait réaliser l’importance de l’intermittence, qui a permis à des milliers d’artistes de survivre. On a également constaté à quel point tous les mécanismes de solidarité mis en place par les organismes de gestion collective étaient importants. Il faut donc absolument les préserver. Ce qui m’a aussi frappée, c’est qu’on n’a jamais autant parlé de la culture dans les médias, du fait justement de son absence. Un enseignement à tirer, ce serait qu’il serait également souhaitable d’en parler davantage quand elle est en action, en lui réservant par exemple plus de plages quotidiennes dans les médias.

Alors que les plateformes deviennent aujourd’hui des médias à part entière, le partage de la valeur est aujourd’hui nettement à la défaveur des artistes. Quelles sont les solutions possibles ?

Anne Bouvier : Il est regrettable en effet que les plateformes ne participent pas aux négociations qui ont débuté pour une meilleure rémunération des artistes-interprètes, alors même qu’elles ont un monopole gigantesque. Malgré tout, avec les syndicats d’artistes, nous essayons d’agir, notamment à travers la Garantie de rémunération minimale (GRM), en ce qui concerne le domaine sonore. Sur les grandes plateformes audiovisuelles, malgré des diffusions et rediffusions massives, les artistes-interprètes ne touchent aucun droit. Il est temps d’ouvrir des négociations pour garantir aux comédiennes et comédiens une rémunération proportionnelle pour la diffusion de leur travail sur ces plateformes. C’est désormais la loi depuis l’adoption de la directive droit d’auteur. Le prochain Président de la République devra s’assurer de la mise en œuvre de cette directive alors que la France a été un des moteurs essentiels de son adoption.

Parallèlement, le grand nombre d’organismes français de gestion collective fragilise la défense des droits face aux nouveaux entrants numériques et aux sociétés étrangères plus puissantes. Quelle solution pour être plus fort ?

Anne Bouvier : L’Adami milite en faveur d’une mutualisation des organismes de gestion collective. On pourrait créer un champion français de la gestion collective des droits voisins. Nous venons d’ailleurs de signer un partenariat avec la SPPF, qui représente des producteurs phonographiques indépendants, pour faciliter le parcours des artistes-producteurs. A mes yeux, il faut créer des alliances et pourquoi pas aller vers des sociétés jointes, comme cela existe en Angleterre et en Allemagne, où les artistes et les producteurs gèrent les choses collectivement. Ce sont des modèles qui ont fait leurs preuves, et qui fonctionnent. En France, l’émiettement nous fragilise.

Les différents candidats à la présidentielle sont-ils sensibles à ces questions ?

Anne Bouvier : Nous rencontrons les représentants de certains candidats. Ceux avec qui nous avons pu échanger sont favorables à la mutualisation, et sont convaincus de préserver l’intermittence. La question de l’écologie est également centrale, les artistes sont très mobilisés là-dessus, mais il y a encore des efforts à faire, notamment dans le spectacle vivant. Il faut mutualiser les décors, les lumières, les transports. Le Centre national du cinéma s’en est emparé en mettant en place un système de bonus, et je pense qu’ils pourraient bientôt adopter un système de malus. De notre côté, nous faisons signer une charte des valeurs à nos porteurs de projets qui comprend un volet « environnement », mais nous sommes encore dans l’incitation.

Plusieurs candidats à la présidentielle lient traditionnellement culture et éducation. Comment développer concrètement l’Éducation artistique et culturelle en France aujourd’hui ?

Anne Bouvier : Au-delà du sujet de l’organisation du gouvernement, la question est celle de l’éducation artistique et culturelle et la manière dont, à titre personnel, je souhaite la voir se renforcer. L’Adami milite pour que les organismes de gestion collective participent activement à l’éducation artistique et culturelle. Actuellement nous consacrons 700 000 euros à ce pan de notre action culturelle. Mais il serait peut-être temps de créer un fonds commun à tous les organismes de gestion collective, pour mener une politique plus cohérente et affirmée.

Qu’en est-il de l’égalité homme-femme et de la diversité dans le milieu culturel ? Les données publiées par les différents acteurs montrent une très lente évolution : quelles politiques mettre en œuvre pour doper ce mouvement ?

Anne Bouvier : Dans notre charte des valeurs, nous incitons à la parité, que ce soit pour les artistes ou les équipes techniques. Nous développons aussi des partenariats dans ce sens, comme avec les Rappeuses en Liberté ou avec le festival d’Aix-en-Provence, qui fait beaucoup de travail pour mettre en avant des cheffes d’orchestre. Il y a aussi un problème du jeunisme : les femmes de plus de cinquante ans sont défavorisées par rapport aux jeunes, quand elles sont réalisatrices ou actrices par exemple.

 

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