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Opérations

Prix Adami de l’artiste citoyen 2017 2017

Jean-Jacques Milteau et Zahia Ziouani - Prix Adami de l'artiste Citoyen 2017

Les artistes associés de l’Adami ont décidé de créer « le prix de l’artiste citoyen » pour honorer l’implication citoyenne de l’un des leurs et mettre en lumière la force de la parole artistique.

Première artiste à recevoir ce prix en 2017, Zahia Ziaouni, cheffe d’orchestre émérite qui a décidé de mettre son expérience et son art au service d’actions et de projets ambitieux tournés vers les jeunes. Son idée : sensibiliser les publics à la musique symphonique et lyrique.

 

Rencontre avec… Zahia Ziouani

La chef d’orchestre sera la première lauréate du prix Adami de l’artiste citoyen. Un prix amplement mérité au regard de son action au long cours pour aller vers tous les publics et qui lui a été remis lors des 16èmes Rencontres européennes, le 21 mars.

Vous êtes lauréate de nombreux prix. Quelle signification ont-ils pour vous ?

Zahia Ziouani : Je reçois chaque distinction avec beaucoup d’honneur mais surtout comme un encouragement à poursuivre ce que je fais. Que celle-ci vienne des artistes est la preuve que les professionnels me portent un regard attentif. Comme je me suis engagée dès le départ sur des voies difficiles mais que je suis restée attachée à mes valeurs, c’est une reconnaissance encore plus appréciable.

Justement, quels sont vos engagements ?

De faciliter l’accès des jeunes et de populations très variées à la musique classique, de valoriser la rencontre entre les cultures et de considérer cela comme un investissement artistique et culturel. Mon orchestre et moi jouons les mêmes symphonies de Beethoven ou rhapsodies de Gershwin partout où nous nous produisons.
Vous n’aviez pas 20 ans quand vous avez créé l’orchestre symphonique Divertimento.

Pourquoi une telle urgence ?

Je voulais être chef d’orchestre et j’avais besoin d’un ensemble pour exercer mon art. Ce qui est difficile voire impossible quand on est jeune et qu’on est une femme. J’en avais donc besoin.

Lui avez-vous d’emblée donné une couleur différente ?

Mon parcours m’y poussait. J’ai la chance d’avoir une double culture, algérienne et française, d’avoir grandi dans un quartier populaire, et j’avais envie d’être une chef du XXIe siècle. C’est-à-dire de faire découvrir à tous l’univers symphonique et l’énergie que ça dégage. Quand ni la famille ni l’école ne le font, alors c’est aux artistes de jouer ce rôle-là. Voilà pourquoi Divertimento a pris sa résidence à Stains, en Seine-Saint-Denis.

Et comment transmettez-vous cette identité différente ?

En montrant que la musique classique est un patrimoine qui a toujours été ouvert sur le monde. Camille Saint-Saëns s’est inspiré des musiques d’Algérie, Manuel de Falla du flamenco, etc. Avec Divertimento, je le montre à travers des formats de concert différents.

Vos musiciens sont-ils ouverts à votre démarche ?

Tous mes musiciens sont excellents et capables de présenter une œuvre en univers carcéral, devant une classe d’enfants ou dans une grande salle. Ils sont habitués à cette polyvalence. Ce qui semblait dévalorisant, j’en ai fait une force.

Et vous, comment avez-vous été sensibilisée à la musique classique ?

Mes parents étaient très mélomanes. À 6 ans, j’ai appris la guitare au conservatoire de Pantin. Quand j’ai compris que je ne pourrais jamais interpréter la musique symphonique que j’entendais chez moi, je me suis mise à l’alto. Et comme j’étais très motivée, j’ai vite intégré un orchestre.

En quoi cela a été une révélation pour vous ?

J’étais au centre d’un ensemble et juste devant le chef. Cela m’a donné envie de mieux comprendre à quoi il servait, ce qu’il disait aux autres. J’ai commencé à étudier les conducteurs, les partitions. Mais sans y rêver, puisque les chefs d’orchestre que je voyais étaient tous des hommes vieux. C’était difficile de se projeter !

Comment avez-vous franchi le pas ?

Deux événements m’y ont aidée. Le conservatoire de Pantin m’a confié la direction d’une œuvre. J’ai adoré. Puis un professeur m’a présenté Sergiù Celibidache, auprès de qui j’ai étudié pendant dix-huit mois. Il a été dur et exigeant. Mais j’ai pris conscience de la réalité du métier et commencé à diriger à ses côtés. Quand il est décédé, devant le peu d’opportunités qui se présentaient à moi, j’ai créé Divertimento.

Divertimento est aussi paritaire. Était-ce une règle de départ ?

C’est une volonté… qui s’est opérée naturellement. Je voulais des musiciens qui aient envie de s’investir. Souvent, quand on offre une opportunité aux femmes, elles se donnent à fond. Divertimento est largement paritaire, mais pas sur tous les instruments. En revanche, notre Académie lutte contre les stéréotypes, en mettant tous les enfants en face de tous les instruments.

Tout le monde prétend chercher de nouveaux publics. Pourquoi y parvenez-vous plus que d’autres ?

Sans polémiquer, il y a ceux qui affichent des orientations et ceux qui font plus concrètement. Je ne vois pas d’orchestre venir dans de nombreux quartiers populaires, notamment à Stains, Sevran, Allonnes ou dans les quartiers populaires de Nîmes. Aller chercher des gens éloignés de la musique nécessite une démarche particulière : il faut aller à leur rencontre dans les lieux qu’ils fréquentent (les MJC, les écoles, etc.), partager leurs ressentis et les faire revenir. Créer une pratique culturelle pérenne demande une disponibilité que tout le monde n’a pas mais qui porte ses fruits. On dit souvent que le public de la musique classique est vieillissant. Ce n’est pas ce que je vois.

Malgré ces bonnes nouvelles, n’êtes-vous jamais découragée ?

Si, bien sûr, par la lourdeur administrative, l’obligation de continuer à chercher des financements tous les jours alors que ça fait vingt ans que j’ai créé Divertimento et que cela n’a rien à voir avec mes compétences de chef d’orchestre. C’est décourageant, mais il m’en faut plus pour baisser les bras.

 

Propos recueillis par Véronique Le Bris

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